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« Les talents ont une aversion pour le repli »

Fondateur et patron du World Economic Forum de Davos, Klaus Schwab a livré au Blick une réflexion sur l'identité au lendemain de la votation en faveur de l'initiative de l'UDC contre l'immigration de masse. Bilan présente la traduction en français en exclusivité…

…De manière existentielle, le résultat du vote du 9 février interroge chacune et chacun sur sa manière de définir et de vivre sa propre identité dans notre monde globalisé. L’identité, c’est rendre conscient ce qui nous unit et ainsi délimiter notre communauté propre. C’est précisément dans un monde si imprégné par la rapidité du changement que le besoin de s’ancrer dans une communauté aux idées semblables est fortement développé. C’est pourquoi le résultat du scrutin n’est pas surprenant. Et pas davantage le constat que la peur de perdre l’identité suisse a été en moyenne plus élevée dans les régions les moins exposées à la pression du changement permanent.

Mais la question reste de savoir comment, dans le monde actuel, nous pouvons vivre pacifiquement ensemble à long terme si nous continuons de définir notre identité de façon unidimensionnelle – que l’on parle d’une même nationalité ou, comme c’est de plus en plus le cas en bien des lieux, de même religion, de même tribu, de même idéologie. Il suffit d’observer le monde : les tragédies humaines indicibles qui ont vu le jour dans l’histoire et se perpétuent aujourd’hui (voir la Syrie) sont en général liées à la radicalisation des identités de part et d’autre, d’où naissent l’exclusion, la haine et, au bout du compte, l’anéantissement de l’adversaire « autre ».

Par notre tradition de cohabitation dans un Etat fédéral et communautaire, nous sommes certes vaccinés contre les dérives. En tant que communauté civilisée et éclairée, nous savons faire contrepoids aux évolutions extrêmes en pratiquant la tolérance multiculturelle. Mais ça ne suffit pas parce que nous sommes sans cesse exposés au conflit entre notre spécificité et l’altérité et parce que les populistes exploitent souvent cette situation de conflit pour leurs besoins. Nous devons comprendre que, de nos jours, il ne s’agit plus de jouer les identités les unes contre les autres mais bien de combiner diverses identités entre elles pour les mettre en harmonie.

Personnellement, j’ai grandi en Allemagne et j’y ai encore expérimenté dans ma chair les temps de la guerre et de l’après-guerre. Je ne renie pas mon identité allemande. Parmi mes huit arrière-grands-parents, sept étaient nés en Suisse – je pense que rares sont les Suisses qui ont autant de sang suisse – et je vis depuis plus de 50 ans en Suisse. Du coup, je me sens Suisse. On me demande souvent pourquoi je ne me fais pas naturaliser. Je crois justement que les choses ne dépendent pas de la couleur du passeport mais de l’intégration, notamment de l’identité suisse vécue.

Je trouve aussi qu’au sein de l’Europe, aujourd’hui, nous ne devrions plus échanger nos nationalités. J’apprécie l’héritage culturel commun de l’Europe et la nécessité d’une union économique et finalement politique. Je suis Européen avec enthousiasme, notamment et surtout parce que j’ai pu personnellement expérimenter ce que la guerre et la haine – autrement dit des identités nationalistes unilatérales dévoyées – ont généré de destructions et de morts. Mais je suis aussi un citoyen du monde car je sais que nous vivons dans un monde dans lequel, au bout du compte, nous ne pourrons assurer notre survie, ou pour le moins l’existence de la prochaine génération, que par une négociation commune.

La pollution de l’environnement, le terrorisme et tant d’autres défis planétaires ne connaissent pas de frontières. Nous endossons tous une responsabilité globale et avons besoin, à cet égard, d’une identité globale. Nous devons apprendre à intégrer en nous divers niveaux de conscience identitaire. Il n’est pas question de ou/ou, mais bien de et/et. Bien sûr qu’il y a des situations de conflit entre les divers niveaux d’identité locale, nationale, régionale et globale. Nous ne pouvons les résoudre qu’en pondérant nos diverses identités, en nous mettant sans relâche au service du bien commun supérieur.

Pour appliquer rétroactivement ce principe au scrutin du 9 février, la question n’est plus ce que nous voulons défendre mais bien quel résultat de scrutin aurait, à long terme, le plus contribué au bien commun helvétique et européen.

Dans ce contexte, nous ne devons pas méconnaître que, à l’avenir, ce n’est plus le capital mais le talent qui fera le succès d’une société. Le talent remplace le capital, comme je l’ai exprimé à Davos. Les talents d’exception ne sont cependant pas uniquement marqués par un professionnalisme inouï ; ils le sont parce que leur formation et leur expérience leur ont enseigné à réunir en eux aujourd’hui les identités indispensables. De manière générale, ces talents ont une forte capacité à s’assimiler rapidement. Mais ils éprouvent aussi une forte aversion contre tout ce qui ressemble à du repli.

C’est pourquoi mon souci concerne moins les probables restrictions futures à l’embauche de talents que, bien plus, le climat d’attractivité d’une Suisse qui sera ressentie comme hostile à l’étranger. Conformément à nos principes démocratiques, il n’est pas possible de remettre en cause le résultat du scrutin, mais on peut espérer qu’il conduira à une réflexion de fond sur notre identité dans une réalité moderne.

Auteur : Klaus Schwab, Fondateur et patron du World Economic Forum de Davos / Bilan

Date de publication : 27/02/2014

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