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Interview de Gaspard Koenig : « En France, les vraies réformes passent par une remise à plat du système »

Défenseur d’un libéralisme à la française, le jeune philosophe Gaspard Koenig estime que l’élite administrative et entrepreneuriale est un obstacle aux nécessaires révolutions hexagonales...

Il doit souvent se sentir bien seul, Gaspard Koenig. Auteur, chroniqueur aux Echos et à L’Opinion, cet ancien collaborateur de Christine Lagarde puis de la Banque pour la reconstruction et le développement (BERD) à Londres s’est donné pour mission de relancer la pensée libérale française. Avec, dans son collimateur, le conservatisme étatiste de l’élite économique et politique hexagonale, responsable selon lui de l’asphyxie progressive du système et du chômage de masse qui en résulte depuis des décennies. Et un espoir ténu: que le « social-libéralisme ambiant », dans le sillage du nouveau ministre de l’Economie Emmanuel Macron, ouvre enfin quelques fenêtres…

Le Temps: Vous êtes libéral. Vous l’écrivez. Vous le revendiquez. Mais vous savez aussi ce qu’il en coûte. Candidat aux élections législatives de 2012, dans la circonscription des Français de l’étranger au Royaume-Uni, vous avez recueilli 4,5% des voix…

Gaspard Koenig: J’ai tenté et perdu ce pari. Mais cela ne veut pas dire que les Français ne sont pas intéressés par le libéralisme et ce qu’il représente dans le domaine économique, mais aussi social ou moral. Cela veut dire qu’en France, l’élite politique actuelle n’est pas le lieu où un tel courant de pensée peut exister. Je le vois bien au fur et à mesure des rapports que publie notre club de réflexion Génération Libre. A chaque fois, l’intérêt des médias est réel. Je n’ai aucun problème pour m’exprimer et poser ces idées sur la table. Mais dès que nous rencontrons un député ou un ministre, y compris pour poser des questions aussi simples que la réforme de l’agrément des auto-écoles qui empêche des milliers de moniteurs de créer leur entreprise, c’est le blocage. L’on nous répond que c’est trop compliqué, pas possible, etc.

– Le statut des auto-écoles, mais aussi la libéralisation d’autres professions réglementées, c’est justement l’un des objectifs du fameux projet de loi Macron en discussion au parlement depuis la fin janvier. Un projet qualifié de « social-libéral ».

– Je n’aime pas ce terme, « social-libéral », car il oppose déjà deux doctrines, comme si nous devions être « social » pour moraliser le libéralisme. Pourquoi ne pas se revendiquer « libéral » ? Le problème en France est que le libéralisme n’a été vu que sous le seul angle de la dérégulation économique. On a ignoré son attachement, dans la pensée anglo-saxonne, à la libéralisation des mœurs, aux libertés politiques, à la défense des libertés tout court, assez bien incarné aujourd’hui par l’hebdomadaire britannique The Economist. Cela dit, pour revenir à l’actuel gouvernement Valls 2, les progrès sont réels. L’ancien ministre de l’Economie Arnaud Montebourg et son ex-collègue Cécile Duflot, à l’Ecologie, incarnaient, selon moi, le pire du colbertisme, version XXIe siècle. On était, avec eux, à fond dans le dirigisme moral et économique. Maintenant, cela commence à changer.

– Vous êtes une espèce rare en France. Vous critiquez l’Etat sacro-saint, sa mainmise, ses dérives. Et vous continuez de le faire alors qu’après les attentats de janvier, tout le monde semble soutenir cet Etat régalien qui sécurise et protège.

– Je le maintiens: l’Etat « redistributif » en France ne fonctionne plus. Il ne redistribue plus. Attention: je ne suis pas du tout un pourfendeur absolu de l’Etat ou un défenseur du libéralisme « communautaire ». Je m’inscris dans la tradition libérale française. Laquelle, par opposition à un certain courant de pensée dominant dans d’autres pays, a toujours été un peu celle d’un « jacobinisme libéral » qui confie à l’Etat la mission de libérer les individus, de les émanciper. Le problème est qu’en France, la défense de l’Etat protecteur est devenue le rempart de tous les conservatismes, surtout au plus haut niveau. Ce n’est d’ailleurs pas nouveau, et c’est très parisien. Au début du XIXe siècle, le grand théoricien libéral français Frédéric Bastiat plaide pour le libre-échange douanier, inspiré par les débats en Angleterre. Très vite, les négociants de Bordeaux se montrent intéressés. Mais à Paris, ses théories butent sur un mur. La bourgeoisie parisienne, conservatrice et rentière, ne veut pas de cette ouverture des frontières. Elle défend ses privilèges en s’abritant derrière l’Etat. C’est ce que fait aujourd’hui le Medef, l’instance représentative du patronat.

– Quand même, l’Etat, en France, n’a pas toutes les tares. Ne faut-il pas s’atteler à le réformer ?

– Demandez à un entrepreneur si c’est possible, s’il y croit. La plupart vous diront que non et mon expérience tend à me prouver la même chose. Je suis convaincu qu’en France, qu’on le veuille ou non, les vraies réformes passent obligatoirement par une remise à plat du système. Pourquoi ? Parce que celui-ci est constitué de strates liées entre elles, qu’il est d’une complexité telle que toute remise en cause détricote un bout… et engendre une complication supplémentaire à l’autre bout. La dépense sociale française est la plus élevée du monde! Et regardez les résultats: quartiers victimes d’ « apartheid » comme l’a dit le premier ministre Manuel Valls, discriminations, pauvreté, précarité… Nous avons réalisé, à Génération Libre, une étude sur la création d’un revenu universel qui mettrait fin à la forêt d’allocations existantes. Or l’on voit bien que c’est impossible. Idem pour la grande réforme fiscale si nécessaire. Les gens qui sont au pouvoir en France, à la tête des grandes entreprises ou de l’administration, n’ont pas la plasticité requise pour penser des politiques alternatives et porter ces réformes. Je me souviens de réunions à Bercy, au Ministère des finances, lorsque je travaillais aux côtés de Christine Lagarde. Un projet sur la généralisation de l’impôt à la source était présenté. Il suscitait l’enthousiasme, commençait à prendre forme. Puis, très vite, l’un des responsables de l’administration des finances s’est levé et a stoppé l’élan d’un simple: « Ce n’est pas possible. » Résultat : la gauche et la droite française ne cessent de se battre sur des chiffres ou sur des statistiques. Le débat porte sur des sujets microscopiques. On ne réfléchit plus en termes de principes et de réformes fondamentales.

– Remettre à plat, c’est tout casser ?

– Non. Remettre à plat, c’est accepter que dans certains domaines, il faille repartir de zéro et repenser le système. C’est d’ailleurs comme cela qu’à chaque fois la France a avancé. Ce fut le cas en 1870, après la chute du Second Empire. Puis à nouveau après la Libération. Puis en 1958, avec l’instauration de la Ve République. En six mois, les gaullistes ont alors remis sur pied un nouvel Etat. On sait faire cela en France. Pourquoi faut-il en arriver là ? Parce que le système, encore une fois, est incroyablement compliqué. Certains brandissent en direct le Code du travail suisse, bien plus mince que le Code du travail français. Mais on ne peut pas arracher les pages ! Il faut repenser les relations dans le monde du travail. L’Etat providence à la française a gonflé de façon anarchique. Il a totalement perdu ses repères.

– N’empêche : sans la dépense publique, la croissance française serait encore plus anémique…

– Mais combien de temps cela peut-il durer ? L’Etat doit assurer un filet de sécurité, oui. Mais il remplit mal la plupart de ses autres missions, en particulier dans le domaine économique. Il faut tourner la page du « planisme », très ancré dans ce pays. Et il faut aussi redonner la parole aux usagers, aux Français, par exemple via des référendums. Je suis très intéressé par les votations en Suisse. La France a besoin d’une grande bouffée de liberté.

Auteur : Le Temps

Date de publication : 07/02/2015

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