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Actualités France Suisse

Innovation et perfectionnisme font-ils bon ménage ?

« Le mieux est l’ennemi du bien » : voilà bien la devise qui pourrait être associée au drapeau helvétique. Car c’est bien connu : nous, les Suisses, quand nous faisons quelque chose, nous visons la perfection ou nous ne faisons rien. Et souvent, du coup, nous ne faisons effectivement rien...

...Certes, notre exigence a ses secteurs de prédilection : la maîtrise du temps (ne dit-on pas « précis comme une montre suisse » ?) ou celle de la gestion de patrimoine ; rien de ce qui est quantifiable, dénombrable ne nous résiste. Or, depuis l’avènement des nouvelles technologies, notamment du web, il nous faut désormais apprendre à vivre avec l’inconcevable : l’à peu près, la version bêta. De plus, lorsque nous évoquons – et les médias ne s’en lassent pas – le boum de l’innovation avec un grand « i », nous ne parlons plus uniquement d’une notion d’amélioration de l’existant, mais également d’une course contre la montre afin d’être le premier à commercialiser l’innovation en question. En effet, sans innovation, point de ressources financières et sans ressources financières, point d’innovations.

Ainsi donc, les plus aventureux développent des concepts qu’ils vont promouvoir lors de pitchs internes ou externes, avec pour objectif premier la levée de fonds, le Graal de l’innovation. Et les investisseurs, friands de ROI, scrutent avec impatience et anxiété l’horizon temporel qui devrait voir la multiplication de leur obole devenir réalité. Pas besoin de vous dire que dans ce contexte-là, on ne fignole pas : on investigue et développe juste assez loin pour pouvoir démontrer la faisabilité du projet ou produit, on perfectionne avec le temps. Quand on a le temps.

Et c’est là que tout un pan de notre culture helvétique s’oppose à la notion même d’innovation, car non, la Suisse ne se limite pas à l’EPFL et autres parcs technologiques, et encore moins aux entrepreneurs des Startup Weekends ! Dans les entreprises traditionnelles, on verse davantage dans l’amélioration continue que dans l’innovation disruptive, esclaves que nous sommes de notre vision de la perfection, forcément synonyme de maîtrise absolue.

Autant la maîtrise absolue se révèle essentielle dans tout ce qui est quantifiable, chiffrable (le temps, l’argent), autant elle ne peut permettre à elle seule l’innovation, voire elle peut parfois même la rendre impossible. La perfection d’un Mozart ne réside ainsi pas uniquement dans sa maîtrise absolue de la musique et de sa structure, mais également dans sa capacité à mettre cette maîtrise au service de l’émotion et, in fine, impliquer, engager celui qui écoute. La perfection, c’est donc potentiellement le fragile équilibre entre la maîtrise d’un savoir-faire et le fait de s’en détacher pour aller vers le lâcher prise, vers ce qui sert ou parle à l’Autre.

Soyons cohérents : si nous attendions, pour sortir, nous présenter, rencontrer, réseauter, travailler, d’être nous-mêmes parfaits, nous finirions sûrement au fond d’une grotte, attendant que la Grande Faucheuse fasse son œuvre. Alors, comme nous acceptons quotidiennement les versions bêta dans le genre humain, pourquoi accorder moins de crédit aux tentatives dans les entreprises, même si elles ne sont présentées qu’au stade embryonnaire ?

Finalement, de l’innovation à la perfection il n’y a souvent qu’un pas, celui de la confiance dans le potentiel humain…

"Toute personne qui n'a jamais commis d'erreurs n'a jamais tenté d'innover." Albert Einstein

Auteur : BILAN

Date de publication : 10/04/2014

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