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Les multinationales suisses résistent au franc fort

Après six mois en 2015, les grands exportateurs du pays affichent des résultats solides. L’état de la conjoncture internationale préoccupe davantage les grands patrons que les effets de changes. Chez Swissmem, on exclut toute désindustrialisation…

Jusqu’ici, tout ne va pas trop mal. Pour les grandes entreprises suisses tout du moins, le raz-de-marée monétaire annoncé, après l’abandon du taux plancher et l’envol du franc, n’a pas tout emporté sur son passage. Les effets de changes pèsent sur les ventes et les bénéfices des multinationales. Mais dans la majorité des cas, ils sont moins lourds que prévu.

« En dépit d’effets de changes négatifs, nous sommes parvenus à étoffer nos revenus et notre bénéfice », s’est par exemple félicité Silvio Napoli, le directeur de Schindler, en présentant la semaine dernière le bilan d’un premier semestre durant lequel le franc s’est pourtant apprécié d’environ 15%, face à l’euro, au dollar et à une série d’autres monnaies.

Ce mercredi, chez Swissmem à Zurich, le discours était un peu plus mitigé. A l’occasion de son bilan semestriel, la faîtière de l’industrie a évoqué une « branche très fortement touchée ». Ses membres accusent un recul du chiffre d’affaires de 7,1% par rapport à fin juin 2014. Et ils devraient être nombreux à afficher une perte opérationnelle cette année. Mais son président, Hans Hess, le reconnaît : « Tout le monde n’est pas dans la même situation. Si certaines petites entreprises exportatrices dont les coûts sont entièrement calculés en francs vont « sombrer », les sociétés industrielles de grande taille ont déjà dressé des barrages pour résister à cette catastrophe », a-t-il nuancé.

Roche, Nestlé, SGS, ABB… Pour les multinationales helvétiques, « l’effet monétaire est moindre parce qu’elles produisent là où elles vendent, rappelle l’analyste de Credit Suisse Reto Hess. Leurs chiffres pâtissent des effets de changes lors de la comptabilisation en francs. Mais en réalité, leur rentabilité est peu affectée puisqu’elles sont naturellement couvertes contre les mouvements des monnaies. »

Pour les autres, celles qui produisent davantage en Suisse et qui ont donc plus de coûts en francs, « elles avaient déjà pris de nombreuses mesures depuis 2010 ou 2011 », avant le taux plancher, poursuit Reto Hess. L’analyste se montre donc plutôt confiant : « L’économie suisse exporte des biens de haute qualité et/ou des marques fortes, qui peuvent faire accepter un prix un peu plus élevé que la concurrence à leurs clients internationaux. »

La décision de la BNS a été « un choc violent », insistait mercredi Peter Dietrich. Le directeur de Swiss­mem a néanmoins constaté chez les entrepreneurs « une envie de se battre » et « une motivation à se retrousser les manches ».

Le son de cloche est similaire du côté du fabricant de machines-outils Tornos, pourtant légèrement dans le rouge à mi-parcours de son exercice 2015 : « L’industrie suisse a l’habitude de travailler avec un franc qui se renforce, souligne son nouveau directeur financier, Bruno Edelmann, évoquant le souvenir d’un euro à 1,60 et d’un dollar à 1,80 franc. Il nous reste encore de la marge de manœuvre. »

Si le franc est sur toutes les lèvres, il n’est pas le sujet le plus brûlant du moment pour les sociétés actives à l’international. La santé de l’économie mondiale, et notamment chinoise, qui absorbe 4 à 5% des exportations, préoccupe davantage les grands patrons. Schindler mise, au mieux, sur une croissance anémique dans ce qui est son premier débouché. Chez ABB, l’on reconnaît être en surcapacités dans la région. Le groupe doit y vivre avec « des clients prudents », rapporte le patron de la société, Ulrich Spiesshofer. Le climat de consommation semble aussi affecté, à en croire Nestlé. Le géant alimentaire fait également part d’une certaine prudence pour le marché chinois.

A l’inverse, l’Europe et les Etats-Unis envoient des signaux positifs. Ce n’était pas le cas en 2011, lorsque le franc était déjà proche de la parité avec l’euro. « Les indices conjoncturels dans la zone euro et en Amérique du Nord offrent quelques lueurs d’espoir, concède Peter Dietrich. Mais je doute que cela suffise pour influencer les budgets des entreprises pour 2016. »

« A court terme, les fluctuations de la demande mondiale ont plus d’influence sur la santé de l’économie suisse que celles des cours de change, généralise Bruno Parnisari, le chef du secteur conjoncture au sein du Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco). Les exportations y sont deux fois plus sensibles qu’à l’évolution des monnaies. Ce n’est qu’à partir de cinq ou six trimestres que ces deux facteurs ont un poids à peu près similaire. » Un an et demi, c’est en moyenne la période à partir de laquelle les contrats signés sous l’ère de l’euro à 1,20 franc sont renégociés avec les clients étrangers. Lorsqu’ils ne sont pas perdus.

Les effets de changes n’ont donc pas fini de faire parler d’eux. En mal ou en bien. Avec un euro à 1,08 franc et un dollar à 0,98, les exportateurs regagnent quelques centimes par rapport au traumatisme de mi-janvier. « Cela va améliorer la situation, reprend Reto Hess, l’analyste de Credit Suisse. Mais cela n’évitera pas à ceux qui doivent prendre des mesures de continuer à le faire. Certaines entreprises, celles qui ont les marges les plus faibles, vont probablement devoir réduire leurs capacités en Suisse. »

Chez Swissmem, Hans Hess s’attend lui aussi à des suppressions d’emplois – ses membres en ont déjà perdu 4000 au premier trimestre 2015 – et à des délocalisations prochaines. En revanche, à plus long terme, la Suisse « ne connaîtra pas de désindustrialisation », estime-t-il.

Auteur : Le Temps

Date de publication : 20/08/2015

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