Evénements

  • Conférence Lamine Brahimi sur digitalisation

    INVITATION *La Chambre de Commerce Suisse en Francea le plaisir de vous convier à une conférence sur le thème : Digitalisation : quels impacts...

    Lire la suite...

  • Assemblée générale du 28 Juin 2018

    Assemblée générale statutaire de la CCSF

    Lire la suite...

Actualités France Suisse

Ces prix surfaits qui fâchent les Suisses

La Suisse reste le pays européen où le coût de la vie est le plus élevé. Des voitures aux médicaments, Bilan a sélectionné dix exemples frappants qui expliquent pourquoi les prix sont si hauts…

… Ce jour-là, Johann Schneider-Ammann a perdu une bataille cruciale contre la cherté des prix en Suisse. Le 17 septembre dernier, le Parlement a en effet refusé le projet de loi du ministre de l’Economie qui prévoyait de durcir la lutte contre les cartels. L’Union suisse des arts et métiers (les représentants des PME) et EconomieSuisse (l’association des grandes entreprises) ont immédiatement affiché leur satisfaction.

Les deux organisations faîtières de l’économie helvétique s’étaient battues afin que les Chambres fédérales enterrent définitivement toute révision de la législation. Stefan Meierhans, alias Monsieur Prix, ne cache pas sa déception: « La Suisse compte encore trop de personnes que j’appelle «les libéraux du dimanche». Ils sont favorables à la concurrence à condition qu’elle ne les touche pas et pour autant qu’elle disparaisse du lundi au samedi. »

La Suisse reste le pays où le coût de la vie est le plus élevé d’Europe: elle devance la Norvège et le Danemark avec des prix des services et des biens à la consommation qui sont 56% supérieurs à la moyenne. Malgré des baisses de prix, l’alimentation, les boissons et le tabac, l’habillement, les voitures ainsi que la restauration et l’hôtellerie sont toujours plus chers que dans les pays limitrophes.

Conséquence : avec la chute de l’euro puis son maintien entre 1,20 et 1,25 franc depuis le mois de septembre 2011, le tourisme d’achat à l’étranger a pris de l’ampleur. Selon les estimations de l’institut GfK, il a atteint un niveau record en 2013 avec des dépenses évaluées à 10 milliards de francs (soit l’équivalent d’un dixième du chiffre d’affaires du commerce de détail helvétique). Par rapport aux années précédentes, « les consommateurs helvétiques achètent en plus grandes quantités et parcourent de plus longues distances », indiquent les auteurs de l’étude.  
La force du franc vis-à-vis de la monnaie unique a dévoilé au grand jour les raisons qui poussent les prix vers des hauteurs vertigineuses. Dans un rapport publié en mai dernier, la Surveillance des prix a résumé le phénomène en deux phrases.

«Les frontières douanières toujours en place et les innombrables entraves techniques au commerce permettent aux entreprises de cloisonner le marché plus facilement et d’introduire des différenciations de prix par rapport à l’étranger. De plus, la propension à payer des consommateurs étant comparativement élevée, les entreprises optent pour une stratégie de marketing coûteuse.»

Jusqu’à 78% d’écart de prix!

Ce qui choque le plus les consommateurs helvétiques, ce sont les différences de prix parfois importantes pour des produits de nature identique comme les cosmétiques où les écarts peuvent atteindre jusqu’à 78% avec l’Allemagne. Or, les règles en vigueur ne permettent pas toujours aux commerçants de se procurer à l’étranger le même produit vendu meilleur marché par son fabricant.

Aujourd’hui, les distributeurs attendent avec impatience le verdict du Tribunal fédéral dans l’affaire du dentifrice Elmex. Ce cas est révélateur de la manière dont les entreprises étrangères traitent les consommateurs suisses. En 2009, la Commission fédérale de la concurrence (Comco) a infligé une amende de 4,8  millions de francs au fabricant Gaba et une autre, symbolique, de 10 000  francs à la société autrichienne Gebro. Car le premier interdisait à la seconde d’exporter vers le marché helvétique des produits comme le dentifrice Elmex que Gebro fabriquait sous licence.

Conséquence : les détaillants suisses ne pouvaient pas s’approvisionner sur les marchés étrangers comme celui de l’Autriche qui offraient ce produit à des conditions plus attractives.

Au début de cette année, le Tribunal administratif fédéral a confirmé les sanctions prononcées par la Comco : «Une clause écrite interdisant les ventes passives depuis l’Autriche, par conséquent les importations parallèles en Suisse, constitue une restriction qualitativement notable à la concurrence, indépendamment des critères quantitatifs.» Cette décision n’a bien sûr pas plu à Gaba et à Gebro, lesquels ont recouru au Tribunal fédéral.

Si ses juges devaient, à leur tour, donner raison au gendarme de la concurrence, les distributeurs helvétiques pourront plus facilement s’approvisionner à l’étranger à des prix compétitifs. Encore faut-il qu’ils le veuillent.
Au terme d’une enquête préalable, le gendarme de la concurrence a indiqué que les investigations menées auprès de vingt-deux importants fournisseurs d’articles de marque et de Migros, Coop et Denner «n’ont pas révélé d’indices suffisants selon lesquels des interdictions d’importations parallèles, qui seraient problématiques du point de vue du droit des cartels, auraient existé».

Autrement dit, les détaillants sont plutôt sur la défensive. «Leurs dirigeants se plaignent, mais ils ne saisissent pas toutes les possibilités pour que leurs enseignes puissent faire leurs emplettes de l’autre côté de la frontière», affirme Patrik Ducrey, directeur suppléant de la Comco. Prenons Migros. Sa coopérative zurichoise s’est emparée en octobre 2012 des supermarchés de l’allemand Tegut qui réalisaient un chiffre d’affaires de 1,4  milliard de francs.

On imaginait alors que le leader helvétique du commerce de détail profiterait de ce rachat pour importer plus facilement des produits meilleur marché pour ses magasins suisses. Or, le géant orange n’a pas bougé. «Nous devons rester prudents», a insisté Andrea Broggini, le président de Migros, lors d’une récente rencontre avec la presse romande. Mais, malgré le refus du Parlement de renforcer la loi contre les cartels, il espère que la Comco parviendra à empêcher que des articles d’origine étrangère soient vendus en Suisse à des prix excessifs.

Seul Denner, qui appartient à Migros, tente vraiment d’agir. L’an dernier, le discounter a procédé à des importations parallèles de Nescafé Gold et de produits fabriqués par l’italien Ferrero. Puis, en juillet dernier, il a décidé d’acheter du Coca-Cola directement en République tchèque sans passer par la filiale helvétique du producteur de boissons.      
C’est presque toutes les branches de l’économie helvétique qui facturent des biens et des services à des prix élevés. Monsieur Prix constate que les salaires et les loyers élevés n’ont, contrairement à une idée reçue, qu’un impact limité sur le niveau des prix. Pour preuve, les produits électroniques sont vendus moins chers en Suisse qu’à l’étranger. Cet exemple montre que la concurrence est trop faible dans les autres branches pour faire reculer les prix. Bilan a retenu dix exemples, tant dans l’économie privée que dans le secteur public, qui montrent comment se forment les prix dans notre pays. 

1. Les notaires profitent du boom de l’immobilier

Les notaires ont largement profité de l’envolée des prix de l’immobilier. Comme leurs émoluments sont facturés en pour mille de la valeur de la transaction, ils ont encaissé des sommes record au cours de ces dernières années. C’est plus particulièrement le cas sur l’arc lémanique.

Selon Monsieur Prix, qui a pris comme base de calcul les données du cabinet de conseil Wüest & Partner, les émoluments d’un notaire genevois ont plus que doublé pour passer de 3 230 à 7 139  francs entre 1996 et 2013 pour un logement en propriété de cinq pièces dont le prix médian a grimpé de 540  000  francs à 1,5  million de francs. Dans le canton de Vaud, les émoluments des notaires de la région de Lausanne ont augmenté entre 1997 et 2013 respectivement de 46 et de 59% pour une maison individuelle et pour un logement en propriété (valeur médiane).

Dans les autres cantons romands, la hausse des débours payés par leurs clients est aussi relativement importante. Selon Monsieur Prix, «l’analyse de l’évolution des prix de l’immobilier dans les cantons de Genève et de Vaud met en évidence une augmentation injustifiée des émoluments encaissés par rapport à la prestation fournie». D’autant que celle-ci est restée identique.

Comme le rapport approprié entre prestations fournies et honoraires s’est fortement écarté de ce principe, Monsieur Prix estime «qu’une correction des barèmes pour les affaires immobilières est nécessaire». Or, tant les notaires genevois et vaudois que leur canton respectif qui fixe les barèmes font la sourde oreille. Ils ne veulent pas suivre les recommandations de Stefan Meierhans.

De son côté, la Comco préconise deux mesures pour faire baisser les tarifs : la reconnaissance intercantonale des brevets, qui permettrait aux acteurs de la branche d’exercer leur profession sur tout le territoire national, et la création d’une base légale pour valider les actes authentiques instrumentés dans d’autres cantons que celui du lieu de la transaction immobilière. Mais ces propositions sont rejetées par les notaires.

2. La taxe CO2  pénalise l’importation de voitures

Avec la chute de l’euro, un nombre record d’Helvètes se sont rendus à l’étranger entre 2010 et 2012 pour acquérir une voiture. Mais le flot s’est désormais tari, non seulement parce que les concessionnaires ont abaissé leurs prix, mais aussi en raison d’un obstacle supplémentaire sur le chemin déjà semé d’embûches de l’importation parallèle.

Depuis le 1er  juillet 2012, la Confédération prélève une taxe sur les acquisitions de voitures neuves qui dégagent plus de 130  grammes de CO2  par kilomètre. Facturée jusqu’à maintenant de manière progressive, cette redevance atteindra son montant maximal au 1er janvier 2015.

Une décision a priori positive pour protéger l’environnement. Or les sociétés qui importent des véhicules en quantité suffisante (au moins 50 par an) y échappent : elles peuvent mettre en place des bourses de CO2  pour compenser les émissions des voitures les plus polluantes. « Une possibilité évidemment inatteignable pour les petits importateurs et les particuliers qui doivent passer à la caisse », regrette Markus Häfeli, fondateur d’Autociel à La Conversion (VD).

Par exemple, dès 2015, la taxe s’élèvera à 5 055  francs pour une BMW X5 35i et à 7 620  francs pour une VW Scirocco 2.0 TSI. Les voitures dégageant des valeurs inférieures à la norme prescrite ne sont pas toutes exemptes de cet impôt car son calcul pondère les émissions polluantes avec le poids des véhicules. C’est par exemple le cas pour une Fiat 500 1,2, dont la redevance coûtera l’an prochain 780  francs.

De surcroît, les Suisses qui importent leurs véhicules, soit directement soit via un garage, sont parfois sanctionnés à deux reprises depuis 2012. Une première fois par l’Union européenne : la redevance CO2  est incluse dans le prix de vente car les voitures neuves sont parfois déjà immatriculées. Une seconde fois par la Confédération: comme celle-ci impose les voitures âgées de moins de six mois, l’acheteur doit à nouveau s’acquitter du paiement de la taxe CO2. Autrement dit, la Suisse pratique une politique protectionniste qui ne dit pas son nom.

3. Téléphonie mobile : la Suisse en queue de classement

Le coût des services de communication mobile recule régulièrement depuis de nombreuses années. Selon la Commission fédérale de la communication (ComCom), le prix des produits le meilleur marché a baissé en 2013 en moyenne de 8,9% pour un gros usager, de 9,4% pour un petit usager et de 14,6% pour un usager moyen. Mais il reste néanmoins beaucoup plus élevé qu’à l’étranger. Dans son dernier rapport annuel, la ComCom relève les différences suivantes pour la mi-mai 2013:

a) Pour un panier ne comprenant que la voix, un usager moyen (100 appels) paie le double du prix moyen des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (le club des pays riches). Soit 36  euros contre 18  euros. De son côté, un gros usager (900 appels) débourse 45  euros contre 40  euros. L’écart est certes moins grand, mais la Suisse ne figure qu’à la 28e position de ce classement comprenant 34 pays.

b) Pour un panier moyen comprenant voix et données, un usager moyen (100 appels et 500  Mo de données) doit s’acquitter de 20  euros de plus (45  euros contre 25  euros). Ce qui place la Suisse à l’antépénultième rang. Pour sa part, un gros usager (900 appels et 2  Go de données) paie légèrement moins que la moyenne des pays de l’OCDE (49  euros contre 51  euros). Mais, là aussi, la Suisse figure loin de la tête du classement avec un 21e  rang.

4. Les médicaments génériques : deux à trois fois plus chers que dans les pays voisins

Si la différence de prix des médicaments brevetés entre la Suisse et l’étranger s’est réduite au cours des dernières années, il n’en va pas de même pour les médicaments génériques. Ces derniers coûtent en moyenne environ deux fois plus cher sur le marché helvétique que dans les six pays européens pris comme référence (Allemagne, Autriche, France, Grande-Bretagne, Pays-Bas, Danemark) par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) pour les médicaments encore sous brevet.

Pour certains produits, l’écart est même beaucoup plus important. Par exemple, les génériques cardiovasculaires coûtent en moyenne environ un tiers du prix suisse dans les six pays de référence de l’OFSP.

Pour la Surveillance des prix, l’introduction d’un système dit de montant fixe (il est appliqué dans vingt pays européens) pour le remboursement des médicaments par les caisses maladie permettrait de lutter efficacement contre leurs prix surfaits. Avec cette solution, qui consiste à classer les médicaments dont le brevet a expiré et les génériques contenant la même substance active dans un même groupe, les assureurs ne reversent aux patients plus qu’un montant fixe déterminé sur la base des génériques.

Un tel modèle rapprocherait les prix des préparations qui ne sont plus sous brevet des génériques car les fabricants chercheront à préserver leur part de marché respectif. Il entraînerait aussi une hausse importante des ventes de génériques (leur part ne se monte qu’à 20%). Selon le Surveillant des prix, le potentiel d’économies s’élèverait au total entre 400 et 800 millions de francs.

5. Marques étrangères : la loi des importateurs

«Migros doit acheter certains articles de marque étrangère, comme Nivea, plus chers qu’ils ne sont vendus aux consommateurs dans les zones frontalières», s’insurge Andrea Broggini, dans une interview parue à la fin septembre dans Migros Magazine. En une phrase, le président du géant orange a résumé le conflit qui oppose les distributeurs suisses aux fabricants étrangers.

Les premiers accusent les seconds de vendre leurs biens à des prix surfaits en Suisse en raison d’un pouvoir d’achat plus élevé, d’obliger les revendeurs helvétiques à s’approvisionner auprès d’un distributeur officiel basé dans notre pays et de ne pas répercuter l’évolution des cours de change en faveur des consommateurs.

Le baromètre des prix publié régulièrement par l’Alliance des organisations de consommateurs montre que les différences avec les pays voisins ne sont pas négligeables. Selon les calculs les plus récents (mai 2014), un panier comprenant 177 articles de marque identique coûte (TVA comprise) 15% plus cher en Suisse qu’en Allemagne ou qu’en France, 14% de plus qu’en Italie et 10% de plus qu’en Autriche.

Selon les branches, les écarts peuvent s’élever jusqu’à +13% pour les chaussures, +15% pour les articles de sport, +27% pour les vêtements vis-à-vis des pays limitrophes et même +78% pour les cosmétiques (en août 2014) vis-à-vis de à l’Allemagne.

6. Prix de l’alimentation : +50% par rapport à nos voisins

Si les dépenses dans le domaine de l’alimentation ne représentent en moyenne que 6,8% du budget d’un ménage, le niveau des prix est particulièrement élevé: +50% par rapport à la moyenne européenne. Avec la chute de l’euro, le tourisme d’achat vers les pays voisins a donc fortement augmenté. Selon des estimations, il représente environ 10 milliards de francs. C’est la perception importante de droits de douane à la frontière, dont l’objectif est de protéger la production agricole suisse, qui explique en grande partie la cherté de l’alimentation en Suisse.

Mais ce n’est pas l’unique raison. Les coûts de production élevés que doivent assumer les paysans jouent aussi un rôle clé. « Les agriculteurs déboursent nettement plus que leurs homologues des pays voisins pour acquérir des facteurs de production comme les machines, les engrais ou les aliments pour animaux », affirme l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG). Dans une étude réalisée sur le mandat de celui-ci, ses auteurs constatent en effet d’importantes différences de prix entre la Suisse et les pays voisins. Selon les calculs effectués pour 2011, les écarts sont les suivants:

Les paysans helvétiques sont pour partie responsables de cette situation. « Compte tenu du soutien plus important dont ils bénéficient en Suisse, il semble bien que les agriculteurs soient disposés à payer davantage que leurs homologues étrangers », constate l’OFAG. Autrement dit, relève son porte-parole Jürg Jordi, « ils pourraient profiter de différentes opportunités pour faire leurs emplettes dans les pays voisins, mais ils n’utilisent pas les moyens qui sont à leur disposition pour payer moins cher qu’en Suisse »

7. Le fédéralisme renchérit les coûts de la construction

La dernière analyse comparative des prix de la construction entre la Suisse et l’Union européenne remonte à 2007. Elle montrait que l’édification de bâtiments résidentiels (locatifs et villas) coûtait, deux ans plus tôt, 69% de plus dans notre pays que la moyenne européenne. Il est vraisemblable que cette situation ait peu évolué. Une des raisons de la cherté de la construction tient au fédéralisme qui complique l’organisation de la branche et qui renchérit les coûts.

Environ 115  000 articles de la loi fédérale, cantonale et communale et de règlements différents régissent la branche. Un seul exemple: chaque canton définit lui-même la hauteur des bâtiments. Cet enchevêtrement de législations entrave la création d’un marché unique à l’intérieur du pays. Résultat: la réglementation en vigueur dans la branche joue un rôle non négligeable sur les coûts supportés par les consommateurs (entreprises et particuliers).

Selon une étude réalisée par le bureau Hanser & Partner sur mandat de l’Office fédéral du développement territorial, les coûts liés à la réglementation se sont élevés dans le seul secteur du bâtiment à 1,6  milliard de francs en 2011. Soit 6% du prix total. Ce sont d’abord les procédures d’autorisation de construire qui coûtent le plus cher (637  millions de francs). Suivent, dans l’ordre, la protection incendie (354  millions), les mesures dans le domaine de l’énergie (175  millions), la protection civile (123 millions) ainsi que la santé et l’hygiène (113  millions).

Ces coûts ont été calculés sur la base de six projets de construction en ville de Zurich, puis comparés à d’autres réalisations en cours dans des communes des cantons de Zurich, Berne, Saint-Gall, Genève et du Valais. « Dans la plupart des champs d’action, les régions étudiées ne présentent toutefois pas d’écarts considérables par rapport à la ville de Zurich qui sert de référence », écrivent les auteurs de l’étude dans un article publié au début de cette année dans La vie économique (une publication du Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche).

En revanche, les différences sont importantes entre les nouvelles constructions et les transformations ainsi qu’entre le logement, les bâtiments publics et les locaux de travail. La part des coûts de la réglementation s’établit de la manière suivante: 

Afin de réduire ces coûts, le bureau Hanser & Partner constate que les mesures à prendre ne sont pas facilement réalisables, mais que « plus les procédures relevant du droit de la construction seront standardisées (sur le plan national) et professionnalisées, plus il sera facile pour l’industrie du bâtiment de s’organiser au niveau suprarégional et par conséquent d’améliorer l’efficacité de ses structures ».

Pour tenter d’unifier certaines normes, les cantons ont conclu un accord sur l’harmonisation de la terminologie dans la construction qui unifie la définition de trente notions formelles telles que la hauteur, les distances, les étages, etc. Au 30 septembre dernier, quinze avaient adhéré à ce concordat et douze avaient adapté leur législation. Encore faut-il maintenant que des milliers de communes en fassent de même. Un processus nécessaire, mais personne n’ose s’avancer pour mesurer les répercussions sur les prix.

8. Des taux d’intérêt élevés pour les prêts à la consommation

Avec un loyer de l’argent de 0%, les banques peuvent se refinancer à des conditions qui n’ont jamais été aussi attractives. Et, pourtant, elles prélèvent des taux d’intérêt élevés sur les prêts à la consommation. Pour un emprunt de 10  000  francs sur trente-six mois (avec assurance-décès incluse), ces derniers varient entre 5,8 et 13,9%.

Les instituts justifient ces taux par les risques encourus. Or, les statistiques montrent qu’ils ne courent pas un danger de pertes très important. Selon les chiffres de l’Association suisse des banques de crédit et établissements de financement, seul 0,22% des paiements échus par mois (en moyenne annuelle) ont dû être recouvrés par la voie de la poursuite en 2013.

L’organisation faîtière de la branche s’en félicite: « Ces chiffres sont faibles depuis des années. Ce qui atteste, d’une part, que les prêteurs procèdent avec soin à l’examen de la capacité de contracter un crédit inscrit dans la loi (le taux de demandes de crédit et de leasing refusées atteint 34%, ndlr) et, d’autre part, que les consommateurs gèrent leurs engagements avec prudence. »

L’an dernier, les encours de crédits à la consommation s’élevaient à 7,5 milliards de francs pour 424  317 contrats. Le montant des prêts et leur nombre ont ainsi reculé pour la quatrième année consécutive.

9. Presse étrangère: +55% par rapport à la France

L’exemple peut sembler anecdotique, mais il est révélateur de la façon dont sont fixés les prix. Les revendeurs romands, alémaniques et tessinois de la presse étrangère n’ont aucun poids face aux éditeurs des pays limitrophes qui dictent leurs conditions. Peu importe que les premiers perdent une partie de leur clientèle qui achète désormais ses journaux dans les kiosques des zones frontalières.

Selon les organisations de consommateurs, l’écart de prix (en juin 2014) entre la Suisse romande et la France s’élève à 55% pour un panier de 52 magazines. Il se monte à 49% entre les cantons alémaniques et l’Allemagne et s’envole à 124% entre le Tessin et l’Italie. 

10. Collectivités publiques: la jungle des tarifs et des réglementations

Augmenter les impôts, c’est difficile. Prélever des taxes, c’est plus facile. Désormais, les collectivités publiques préfèrent choisir la seconde solution pour financer leurs prestations, voire pour accroître leurs recettes. Désormais, presque tous les actes administratifs tels que le certificat d’origine ou l’extrait du Registre des poursuites se paient comptant.

De même, des émoluments figurent de plus en plus souvent dans les factures de l’hôpital, de la crèche ou de l’école. Il y a aussi des taxes auxquelles les consommateurs prêtent moins d’attention ou qu’ils ignorent complètement.

Prenons pour commencer l’électricité. Dans ce domaine, les communes peuvent exiger des redevances liées à l’usage du sol pour la distribution et la fourniture d’énergie. L’indemnité payée par l’entreprise électrique est répercutée sur le consommateur final (particuliers et entreprises). En Suisse romande, ces émoluments diffèrent fortement. Dans les chefs-lieux cantonaux, ils s’élèvent entre 1,27 centime (par kWh) à Sion et 2,3 centimes à Lausanne.

Delémont et Genève prélèvent respectivement 1,4 et 1,42 centime, alors que Fribourg ne facture aucun montant. Plusieurs grosses communes ont déjà annoncé qu’elles augmenteront leur redevance au 1er janvier 2015. Les prix susmentionnés comprennent déjà les hausses suivantes: +29% à Genève, +15% à Lausanne et +13% à Sion. En Suisse alémanique, les villes de Bâle et de Zurich, notamment, procéderont également à des augmentations, alors que Zoug abaissera ses prétentions.

Poursuivons avec les taxes de raccordement pour l’eau et pour les eaux usées. Selon une étude du Surveillant des prix, les disparités s’avèrent importantes d’une commune à l’autre parmi les cinquante plus grandes villes de Suisse. Par exemple, la taxe de raccordement unique pour l’eau (immeuble locatif de 15 logements) ne coûte que quelques milliers de francs à Genève et à Fribourg, mais plus de 30   000  francs à Lausanne et plus de 90  000  francs à Adliswil.

De même, la taxe de raccordement unique pour les eaux usées (immeuble locatif de 15 logements) s’élève à moins de 10   000  francs à Sion et à Neuchâtel, mais à plus de 40  000  francs à Lausanne et même à 110  000  francs à Fribourg. Pour le Surveillant des prix, « les communes doivent être conscientes que des taxes élevées peuvent constituer un frein potentiel aux investissements parce qu’elles entraînent un besoin initial accru en liquidités (c’est-à-dire au moment de la construction) et sont susceptibles, par conséquent, de dissuader les maîtres d’ouvrage potentiels ».

Ce n’est pas tout. Les collectivités publiques ont tendance à multiplier également les réglementations en tout genre. Par exemple, les petites installations de chauffage au mazout sont en principe contrôlées tous les deux ans. Là encore, une étude de la Surveillance des prix relève que tous les consommateurs doivent faire face à d’importantes différences tarifaires selon leur lieu de domicile. Les émoluments encaissés pour couvrir les charges administratives varient en effet entre 0 et 58  francs dans les communes analysées, alors que les prix des contrôles des installations peuvent grimper de 37 à 120  francs. « Des intervalles plus longs entre les contrôles permettraient à leurs propriétaires de réaliser des économies considérables », relève Stefan Meierhans. Ce dernier se demande aussi « si le ramonage obligatoire est toujours justifié pour des raisons de protection incendie dans le cas des nouvelles installations, qui émettent nettement moins de substances polluantes que les modèles plus anciens ».

De même, l’installation de chauffages doit actuellement suivre des règles d’admission très complexes. Or, Monsieur Prix constate que les nouvelles prescriptions de protection incendie 2015 de l’Association des établissements cantonaux d’assurance-incendie prévoient encore un dispositif spécifiquement helvétique. « De telles procédures permettent de clôturer le marché suisse et d’exiger des prix surélevés », affirme Stefan Meierhans. Il estime que ces exigences contreviennent à la volonté politique de limiter les entraves techniques au commerce.

Dans une étude publiée récemment, Avenir Suisse a dénoncé avec force l’inflation réglementaire. Selon le laboratoire d’idées libéral, le droit fédéral s’alourdit chaque année d’environ 7000 pages supplémentaires. Mais il reconnaît néanmoins que « les réglementations ont fait leurs preuves comme moyen permettant aux entreprises de se protéger de la concurrence ».

Comme ces dix exemples le montrent, la cherté de la vie découle de plusieurs facteurs. Le fort pouvoir d’achat dont disposent les consommateurs a tendance à maintenir les prix à un niveau élevé. Les détaillants ne cherchent pas à s’approvisionner à des conditions attractives. Les barrières douanières et les entraves techniques au commerce perturbent la libre circulation des biens et des services. Les collectivités publiques multiplient les réglementations et les taxes. Et les pouvoirs de Monsieur Prix et de la Comco sont limités. 

Bref, la Suisse restera un îlot de cherté au milieu de l’Europe. 

Auteur : Bilan

Date de publication : 05/11/2014

Partager...

Submit to Google BookmarksSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn

Nos partenaires

Novartis


Rolex


Crédit Suisse


Swiss Re