Evénements

  • Conférence du 22 novembre à Lyon

    « Stratégie d'entreprise : l'innovation participative »

    Lire la suite...

  • Assemblée générale du 7 novembre 2016 à Paris

    Assemblée générale statutaire de la CCSF

    Lire la suite...

Actualités France Suisse

Mario Draghi met la BNS sous pression

Les nouvelles mesures de soutiens prévues par la Banque centrale européenne et son président pourraient provoquer une nouvelle hausse du franc face à l’euro. Sans son taux plancher, la Suisse spécule sur la réponse de sa Banque nationale…

On se croirait revenu au début de 2015. En Europe, c’est une quasi-certitude : la Banque centrale européenne (BCE) va rallonger son programme d’assouplissement quantitatif pour lutter contre la déflation rampante et pour relancer la machine économique européenne. La Suisse, elle, attend craintivement d’en voir les conséquences pour sa monnaie.

Si l’on en croit les prévisionnistes, le président Mario Draghi devrait aussi réduire le taux de dépôt de la BCE, déjà négatif à -0,2%, pour inciter les banques européennes à mieux faire circuler les liquidités, à « augmenter la vélocité de la circulation des réserves », comme l’Italien l’a énoncé le 20 novembre devant le congrès bancaire européen à Francfort. Pour appuyer son propos, le grand argentier a promis qu’il ferait « tout ce qu’il faudra » pour aider la zone euro.

Deux choix pour la BNS

Cet activisme va mettre la Banque nationale suisse (BNS) dans une situation « pénible », résume Charles Wyplosz. Car l’euro risque de continuer à baisser dans le sillage de ces mesures et, mécaniquement, le franc à s’apprécier. Dès lors, l’institution dispose de deux choix : « diminuer encore son taux d’intérêt ou intervenir sur les marchés des changes », énumère le professeur d’économie à l’HEID à Genève.

Devra-t-elle agir le 10 décembre, lors de sa réunion trimestrielle? Ou anticiper la décision de la BCE, comme elle l’avait fait le 15 janvier, en annonçant des nouvelles mesures pour lutter contre la hausse du franc?

Pour Credit Suisse, il y a peu de doute : si la BCE baisse ses taux le 3 décembre, « nous pensons que la BNS va suivre et baisser ses taux négatifs de -0,75% à -1% », écrit Oliver Adler, le chef de la recherche économique, dans une note publiée la semaine dernière. Un scénario d’autant plus probable, selon lui, que le président de la BNS, Thomas Jordan, a plusieurs fois répété que l’instrument des taux négatifs faisait ses preuves, puisqu’il était parvenu à « réduire l’attractivité du franc ».

Credit Suisse observe par ailleurs que ces dernières semaines, les taux ont baissé sur le marché suisse des capitaux. Cela signifie que les intervenants s’attendent à une baisse de taux de la part de la BNS. « En parallèle, estime aussi Oliver Adler, elle devrait aussi continuer d’intervenir sur le marché des changes ». La banque ajoute qu’au vu de la situation conjoncturelle en Suisse (inflation négative et croissance en baisse), un durcissement des conditions monétaires – un renforcement du franc – poserait de sérieux risques pour l’économie.

Les prédictions divergent

UBS n’est pas de cet avis. Si l’euro reste dans la zone comprise entre 1,07 et 1,10 face au franc, la BNS n’optera pas pour des taux encore plus négatifs, selon Daniel Kalt. Selon le chef économiste d’UBS Suisse, qui a publié un commentaire jeudi, les récentes statistiques de la BNS (les dépôts à vue) suggèrent qu’elle a dû peu intervenir sur le marché des changes récemment. Ce, alors même que la BCE prépare le marché depuis des semaines à son nouvel assouplissement quantitatif et que l’euro s’affaiblit au fur et à mesure de ces avertissements. L’effet du « QE2 » européen pourrait donc ne pas être aussi fort que ceux du « QE1 » de janvier.

En Europe aussi, on estime que Mario Draghi a tellement parlé de l’imminence de son action que ses effets sont déjà inclus dans le prix actuel de l’euro. Il a d’ailleurs déjà nettement baissé face au dollar, ces derniers mois, tandis que la Réserve fédérale américaine, elle, ne cesse de préparer le marché à la fin des taux zéro aux Etats-Unis.

En Suisse, UBS n’exclut par contre pas que la BNS vende des francs sur le marché pour l’empêcher de s’envoler. Ou alors, « le franc s’affaiblira de lui-même, après le ralentissement de l’économie qui découlera de son appréciation », prévoit Daniel Kalt. Son pronostic : l’euro vaudra entre 1,08 et 1,12, au cours des douze prochains mois.

Ces deux avis contraires, provenant des deux grandes banques suisses, symbolise l’incertitude qui règne dans le pays. Jeudi dernier à Genève, Andrea Maechler, la nouvelle membre du directoire de la BNS, a été assaillie de questions à ce sujet, par un auditoire constitué de négociants en devises et de trésoriers de banques. Ses réponses sont restées vagues. A l’image de celles données par son président Thomas Jordan cette semaine.

Pas de nouveau plancher

Dans la Handelzeitung, jeudi, il maintenait son discours habituel : toutes les options restent ouvertes et la BNS se tient prête à intervenir « si nécessaire ». Il n’y aura pas de nouveau taux plancher, affirme-t-il aussi, alors que des syndicats et certains représentants patronaux insistent pour que la BNS leur vienne en aide. « Notre capacité d’action est sans limite », a-t-il également réagi, face à une rumeur relayée par l’agence Bloomberg selon laquelle sa force de frappe sur le marché des changes était limitée à 200 milliards de francs.

Une certaine nervosité agite donc les marchés, avant une semaine décisive. Vendredi, le franc perdait soudainement 0,5% et dépassait largement les 1,09 francs pour un euro. Face au dollar, il perdait 0,7% et revenait à 1,03 dollar pour un franc. Du jamais vu depuis 5 ans.

C’est d’ailleurs un point sur lequel Charles Wyplosz insiste : « La BNS a un problème de communication. Elle se focalise sur l’euro, alors que le franc baisse depuis des mois face au dollar, qui est aussi une devise essentielle pour les exportateurs. Elle se met une pression qu’elle pourrait alléger, en le soulignant plus régulièrement ».

Auteur : Le Temps

Date de publication : 27/11/2015

Partager...

Submit to Google BookmarksSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn

Nos partenaires

Novartis


Rolex


Crédit Suisse


Swiss Re