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Politique monétaire : les alternatives des experts pour lutter contre le franc fort

L’économiste Peter Bernholz qualifie la situation suisse de « dramatique ». Il propose d’introduire un taux fixe avec un panier de deux monnaies, l’euro et le dollar…

« La situation de l’économie suisse est dramatique et le site de production menacé par la suppression du cours plancher. Le danger est encore accru, surtout pour les PME, par l’initiative insensée sur l’impôt de succession », explique Peter Bernholz, ex-professeur d’économie à l’Université de Bâle et l’un des plus grands experts monétaires du pays. Dans une tribune parue dans la Basler Zeitung de lundi, l’économiste estime que le dilemme de la Suisse réside moins dans la Banque nationale suisse (BNS) elle-même que « dans l’exercice raté de politique de taux zéro et d’assouplissement quantitatif de la Réserve fédérale et, récemment, de la Banque centrale européenne (BCE) ».

La question pour la Suisse est aujourd’hui de « savoir si les réserves de devises doivent dépasser 100% du PIB ou s’il faut risquer la délocalisation de l’industrie et une chute du tourisme, avec les effets sociaux qui en découleraient », écrit le professeur.

De l’avis de Peter Bernholz, il ne « s’agit pas d’une hausse temporaire du franc par rapport à l’euro. L’histoire montre qu’un écart de 30% par rapport à la parité du pouvoir d’achat peut persister plusieurs années. » L’expérience des années 1970 avec le mark allemand le confirme.

L’alternative à la politique actuelle de la BNS existe, selon l’économiste. Peter Bernholz propose l’introduction d’un taux fixe avec l’euro et le dollar, le premier à 1,14 franc et le second à 1 franc. La BNS fixerait donc un prix par rapport à un panier de deux monnaies. Il en résulterait un cours moyen de 1,07 franc que « la Banque nationale suisse défendrait à tout prix et pourrait défendre à tout prix ».

Le risque d’une hausse des réserves de devises n’est pas dérisoire si l’on se rappelle l’expérience des derniers mois. Jeudi dernier, la Banque nationale suisse a annoncé une perte de 30 milliards de francs au premier trimestre. Si l’on tient compte uniquement de l’évolution des réserves de changes, la fin du taux plancher, le 15 janvier dernier, a coûté 41,1 milliards de francs à l’institution. Peter Bernholz propose donc à la Banque nationale suisse de ne pas accumuler des obligations mais « des valeurs réelles étrangères (actions, immobilier) et de l’or ». Cette stratégie conduit à « ne pas craindre de perte de valeur à long terme ».

L’ex-professeur ajoute que la Chine, la Norvège et les Etats du Moyen-Orient pratiquent déjà une telle politique d’accumulation de valeurs réelles.

Depuis quelques jours, les propositions se multiplient. Dimanche, Leonhard Fischer, l’ex-patron de l’assureur Winterthur, a estimé que la Suisse devait introduire un contrôle sur les flux de capitaux si elle voulait protéger son économie d’une forte appréciation du franc. « Cela ne doit pas être un tabou », a expliqué le responsable de la banque BHF Kleinwort Benson à Bruxelles, dans un entretien à Schweiz am Sonntag. Ces contrôles étaient encore la norme il y a quarante ans, a souligné Leonhard Fischer.

La semaine dernière, la BNS n’est pas intervenue pour limiter l’appréciation du franc, si l’on en croit son bulletin hebdomadaire, publié lundi. Les avoirs en comptes de virement des banques en Suisse ont atteint 384 milliards de francs, un niveau stable par rapport à la semaine précédente. Lundi, un euro s’échangeait contre 1,0491 franc et un dollar contre 0,9328 franc.

Auteur : Le Temps

Date de publication : 05/05/2015

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