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Les banques centrales en font-elles trop ?

Ces dernières années, les banques centrales ont eu recours à un large éventail d'instruments pour lutter contre la crise financière et en atténuer les répercussions. De plus, leur rôle s'est élargi dans le domaine de la réglementation. Ne seraient-elles ainsi pas devenues trop actives ?…

… Après l'éclatement de la crise financière, les banques centrales ont résolument abaissé les taux d'intérêt et mis à disposition des liquidités en grandes quantités, à titre de prêteur ultime. Ce faisant, elles ont contribué à stabiliser les économies et les marchés financiers qui menaçaient de s'effondrer. Cependant, la reprise demeurait hésitante, et le taux de chômage, élevé. Les taux d'intérêt à court terme se trouvant déjà à un niveau proche de zéro, le potentiel des instruments conventionnels de politique monétaire était déjà pleinement exploité. Afin de stimuler l'économie, les banques centrales ont donc eu recours à des instruments non conventionnels : elles ont principalement procédé à l'achat massif de titres à long terme (assouplissement quantitatif) et pris l'engagement de maintenir les taux à court terme à un bas niveau pendant une certaine période (forward guidance).

La situation de la Banque nationale suisse (BNS) est quant à elle particulière, la Suisse ayant dû faire face à une appréciation excessive de sa monnaie. La BNS a donc introduit, en septembre 2011, un cours plancher du franc vis-à-vis de l'euro, après avoir précédemment pris d'autres mesures non conventionnelles. Le cours plancher a réduit le risque de développements déflationnistes. Il demeure l'instrument central pour garantir la stabilité des prix et permettre ainsi à la Banque nationale d'accomplir son mandat. Les événements survenus depuis l'éclosion de la crise financière, et tout particulièrement le cours plancher, ont souligné à quel point il importe que la BNS puisse réagir avec flexibilité face à des circonstances exceptionnelles. Cette marge de manœuvre dans le domaine de la politique monétaire serait gravement restreinte par les exigences de l'initiative sur l'or, notamment par l'obligation de détenir une part minimale d'or et par son inaliénabilité.

La crise a aussi révélé deux lacunes dans le dispositif réglementaire en place jusqu'ici : premièrement, l'accent était trop mis sur la gestion des crises, et leur prévention n'était pas assez prise en compte. Deuxièmement, le risque systémique, qui peut provenir de la grande taille de certains établissements financiers ou de leurs nombreuses interdépendances, a été négligé. Les banques centrales disposent des instruments et compétences nécessaires pour agir dans ce domaine. Aussi ont-elles réinterprété leur mandat en matière de stabilité financière.

Les banques centrales n'en ont donc pas trop fait. Au contraire, elles ont fait ce qui était nécessaire et continuent de le faire.

Auteur : Jean-Pierre Danthine, vice-président de la Direction générale de la Banque nationale suisse

Date de publication : 09/10/2014

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